Le secret d’un batteur pour faire bouger les foules

Faire bouger les foulesAujourd’hui j’ai l’immense plaisir de laisser la plume électronique à Anton, batteur-compositeur amateur , qui a très gentillement accepté de sortir de l’ombre pour nous faire part de son expérience et de ses réflexions après une année d’étude à la recherche du « rythme qui donne envie de bouger« .

Préambule

Après quelques années  d’apprentissage de la musique, puis de la batterie, ou je travaille inlassablement, et je dois le dire maintenant, bien bêtement,  toutes les combinaisons possibles de « poum poum tchak,  tchak poum poum,  poum tchak poum » à des vitesses variées et en tentant surtout d’approcher la vitesse de la lumière pour sans doute espérer inconsciemment par être inscrit dans le Guiness des records. Aujourd’hui, je joue en groupe, je fais des concerts et je sens bien que le public préférerait que je lui joue de la musique…. Je commence donc à m’interroger sur ce que je fais.

Un jour, alors que je parcours les vidéos  du net pour trouver de nouvelles idées,  je tombe sur un concert intéressant.  C’est le début du concert, seul de batteur est sur scène. Il commence à introduire  le rythme du premier morceau et là, stupeur de batteur, je vois le public au bout de deux mesures seulement, debout, en train de danser sur ce rythme tellement entraînant. Le concert avait à peine commencé que le batteur avait déjà foutu le feu au public.

Je suis resté un peu scotché, et j’ai passé bien du temps à comprendre et à apprendre à jouer ce groove, qui est paradoxalement noté très simplement sur une partition.

Donc, interrogations, après une année d’étude, voici ce que j’ai trouvé, ce que j’ai compris….

 Quel est mon rôle de batteur ? Que dois-je faire pour donner envie de bouger à mes auditeurs ?

Le rôle du batteur ?Le premier rôle est donc métronome du groupe, c’est l’essentiel.  Pour qu’une guitare puisse jouer à contre-temps (comme dans le reggae) il faut qu’il y ait des temps ! C’est souvent le boulot de la batterie, être la référence rythmique.

La réponse à la deuxième question est plus subtile, pour éviter de me perdre dans des explications je vous propose ce petit exercice qui vous permettra, je l’espère, de ressentir de quoi je veux parler.

Note : Le métronome

J’utilise un métronome dont le son est relativement grave qui a un volume sonore qui est équivalent à une voie humaine qui parle normalement. Il imite le bruit du métronome mécanique. Je pense que c’est important. Si l’on utilise un métronome avec un son de cloche de vache ou des claves (qui sonne assez aigu), avec un volume assez fort pour s’entendre même quand on joue fort sur le tom basse, on finit par être stressé par ce métronome et on fini vite par le débrancher car il est vite perçu comme un agresseur étranger à la musique. Le son métronome doit disparaître de temps en temps pour être remplacé par notre métronome interne, il doit se noyer dans la musique.

Exercice

Phase 1 :  L’essentiel  On joue la charley au pied gauche sur les temps avec le métronome et à une vitesse confortable pour ne pas ajouter à la difficulté.  (ex : 96)

En quelques minutes, on est pile synchro avec le clic, parfois même, on ne l’entend plus, on a fusionné, on peu commencer à penser à autre chose. (Avec de entraînement quand on entend plus le métronome dans son oreille, notre cerveau continue à nous le faire sonner en interne). A ce stade, on peu d’ailleurs en profiter pour explorer les différentes sonorités que peux produire notre instrument en tapant doucement en rythme un peu partout.

Phase 2: L’espace de liberté Tout en continuant à marquer précisément les temps avec La liberté de créerle métronome, on prend les baguettes et on parcourt les éléments de la batterie de façon aléatoire. Autrement dit on tape n’importe quoi, n’importe comment et surtout pas en rythme avec le clic.

Quand on y arrive on tape plus fort sur les éléments qui font le plus de bruit (tom basse), en mettant des accents n’importe où. Il faut se concentrer sur le métronome et sur son pied de charley, l’essentiel est de rester dans le rythme. (C’est dur de ne pas se laisser influencer par les bruits forts).

J’ai remarqué que lorsque je joue en groupe c’est précisément dans ces moments fortement accentués (transitions entre couplet, refrain, bridge) que l’on est perturbé par le bruit et on à tendance à accélérer, à prendre le tempo de ce qui fait le plus de bruit.)

 Phase 3: Mélangeons Lorsque l’on a acquis une certaine indépendance entre le métronome- charley et ce que l’on joue avec les baguettes, on peut tenter de jouer un poum chak métronomique suivi d’un fill plus libre.

Ce fill jouez le sans penser à croche, triolet, double, mais plutôt : remplissez l’espace entre les temps de façon presque aléatoire, avec dans l’idée : « Je remplis de n’importe quoi jusqu’à ce que le clic-pied gauche me rappelle à l’ordre pour m’indiquer le départ du nouveau temps. »

Ce rendez vous est essentiel et doit être métronomique. La note jouée sur ce temps reçoit naturellement une petite accentuation. Du coup, on n’a pas à réfléchir si le temps tombe sur une note joué main gauche ou main droite, mais  plutôt, j’accentue, la note qui tombe avec mon pied gauche.

Phase 3+ :  plus loin  Si on est plus à l’aise, on peut tenter un fill aléatoire sur quatre temps (1 mesure) avec un rendez-vous précis avec le pied gauche  et  le métronome sur le premier temps.

Phase 4 : Je suis pas un ordi   Maintenant, on peut utiliser ce que l’on vient d’apprendre pour tenter une autre approche du rythme :La liberté de créer

Avant, j’avais une vision « partition » du rythme , c’est-à-dire une mesure entre deux barres et à l’intérieur des divisions successives, par 2 ou par 3, qui nous donnent les notes et à quel moment les jouer. Ca, c’est un approche mathématique, ce que l’on peut demander à un ordinateur, qui le fera mieux que nous, mais ce n’est pas de la musique.

Maintenant je vois plutôt le rythme comme un espace de liberté entre deux premiers temps qui, eux, sont rigides.

Un exemple de jeu personnel basé sur cette idée :

Je joue la grosse caisse avec la technique « talon-pointe » pour faire mes doubles-basses. Je sais que ma pointe tombe sur le temps, donc une attention particulière est portée sur le fait que cette pointe ne peux absolument pas arriver un peu  avant ou un peu après le temps, mais uniquement précisément sur le temps et avec une accentuation pour bien indiquer à mon bassiste que c’est le premier temps.

Par contre le talon, lui est libre, il arrive sur le « et  du 4 », mais pas toujours, et là ça dépends de pleins de chose, le morceau, le feeling, (je veux une impression carrée, ou plutôt un peu en déséquilibre) un peu comme un accord du 5eme degré est en instabilité et est résolu par un accord stable du premier degré (cadence parfaite), le « et du 4 » est instable par rapport au premier temps.

Profitons de cet effet pou soit créer du silence entre le « et du 4 » et le 1, ou soit au contraire de le précipiter.  Il m’arrive de le décaler  tellement tard que sur une partition il serait noté comme une appoggiature du premier temps. Pour moi, et dans mon esprit cela reste le « et du 4 ».

Un autre exemple :

Une mesure type AC/DC : poum-tchak-poum-tchack une mesure de fill.

La première est carrée, le premier temps accentué

La deuxième est plus libre : charley au pied carré, mais remplissage sut tom est cymbale avec un décélération progressive et une augmentation de la force de frappe aussi progressive. Je ne sais pas trop si je joue des doubles ou des triples croches et combien j’en fait , ce qui m’importe c’est de mettre du mouvement dans le fill (variation de volume, de vitesse et choix des sons et des accents),et surtout est de retomber pile sur le premier temps suivant.

Phase 6 : retour à une vue plus standard

Au lieu de jouer le charley , je marque le tempo avec le talon, le charley deviens muet. Ensuite, comme j’ai besoin de mon pied gauche et de mon charley, j’utilise un instrument virtuel dans mon cerveau qui ne fait pas de  bruit, (c’est le compteur automatique de 1,2,3,4 ).

D’ailleurs, on peut commencer par « compter » toc,toc,toc,toc… les chiffres ne servent qu’à se repérer dans les séquences du morceau, ça peut venir plus tard. Mon métronome interne. Au début, on peut compter à voix autre, ça aide énormément à rester concentré sur ce métronome interne.

 Phase 7 :

Faire danser son bassisteJe compte et je danse, je n’ai plus besoin de métronome.

On l’a tellement travaillé avec le groupe que tout le monde à l’habitude de le « danser » le morceau ensemble. (le bassiste qui s’emmêle les doigts ne m’influence plus, et  tout ce qui merdouille se récupère sur le temps suivant).

Comme je suis sûr de la régularité de mon comptage interne, je suis libre de jouer ce que je ressens avec mes membres et de mettre du mouvement entre les mesures.

Maintenant, c’est l’heure du concert, y’a plus qu’a transmettre au public…

Encore un mot

Il est essentiel  d’être conscient du premier temps même si on a décidé de tromper les auditeurs en jouant la grosse caisse sur le deuxième, le premier doit rester fort dans l’esprit du batteur et des membres du groupe.

Un exemple : je joue les temps 1 2 et 4 sur la grosse caisse et le 3 sur la caisse claire, au bout de 2 minutes de morceau à 160 bpm, où j’ai tout joué sans accentuer le premier temps, arrive le bridge ou j’ai prévu de me décaler de faire des fills de dingue, quand je retourne  au rythme de base je suis perdu car j’ai perdu ma référence de tempo.

Si je rajoute un temps c’est la cata, je perds tous le groupe. A noter que quand je parle d’accentuer, ça ne veut pas forcément dire taper fort sur la grosse caisse, ça peu être aussi entrouvrir légèrement le charley ou jouer la ride un peu plus proche de la cloche.

Conclusion

Pour moi, la notation musicale standard n’est pas adaptée à retranscrire ce qui fait que l’on a envie de danser. Il faut donc danser sur sa batterie et si cette danse est suffisamment bien exécutée, les petites fesses de votre bassiste vont se mettre à bouger et il va naturellement mettre les accents au bon endroit avec la bonne intensité, les guitaristes suivrons, et (peut être ?) le public. Et ça peu importe votre sur quoi vous tapez…(Ca marche aussi avec un Djembe!)

Un immense merci à Anton, pour avoir partagé ce moment avec nous. La musicalité, c’est l’aspect le plus difficile à travailler et celui dont on a le moins conscience lorsqu’on commence la pratique d’un instrument. J’espère que j’aurai pu écrire cet article dans quelques années 😉

Anton inaugure un nouveau style d’article : les partages d’expérience.

[edit : Anton nous a fait un petit complément avec le détail du rythme dont il parle]

Pour la suite de l’épisode : c’est par ici

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7 réflexions au sujet de « Le secret d’un batteur pour faire bouger les foules »

  1. Article très intéressant. J’aime quand les batteurs expérimentés se remettent à notre niveau (de débutant) et nous font partager leur expérience, leur ressenti… Comment ils arrivent à ne plus être des élèves. Peut-être y arriverais-je un jour aussi à ne plus compter les temps, à partir de la partition, faire au feeling tout en gardant le bon tempo…..Allez, je ne désespère pas.
    Merci et bonne continuation….

  2. Oui je confirme article très intéressant , néanmoins je reste un peu sur ma faim , avec cette phrase :

     » jouer ce groove, qui est paradoxalement noté très simplement sur une partition.  »

    possible de pouvoir l’examiner cette partition…….?

    • Bonjour Gilbert,
      Effectivement, j’ai tapé plus vite que j’ai pensé. Ce que je voulais dire est précisément le contraire: se note facilement dans la tête, et de façon très complexe sur une partition. J’ai envoyé un complément à Magalie, pour qu’elle pourra ajouter à l’article où je décris ce petit groove pour que vous puissiez le jouer et surtout le comprendre.

  3. Merci pour à cet article ! Merci à Anton de nous avoir partagé son expérience !
    Il nous donne de bonnes astuces à mettre en pratique.
    J’en retiens une en particulier : le fait de voir le rythme comme un espace de liberté entre deux premiers temps qui doivent demeurer rigides, pour pouvoir rester dans le bon tempo.
    Le métronome arrive aussi parfois à me paraître plus « agressif », un peu comme un adjudant chef qui me rappelerait sans cesse à l’ordre lol !
    J’ai appris beaucoup en lisant cet article. Ce soir, je vais d’ailleurs essayer de le mettre en pratique. Pas toujours facile, d’apprendre à jouer seule, mais je m’accroche, j’adore ça en plus, c’est en plus pour moi une excellente thérapie, cela m’apporte vraiment beaucoup.
    Merci encore à Anton, et à Magali !!

  4. Article très chouette ! C’est bien de lire des expériences de ce genre. J’ai apprécié plus particuliérement le travail sur le métronome. Il y a un exercice sympa à faire c’est jouer un rythme simple sur 12 mesures avec break toutes les 4 mesures avec une piste métronome qui reste silencieuse entre après un groupe de 4. C’est formateur pour garder le tempo.

    Pour l’écriture du rythme je suis assez partagé par ce qui est dit. La musique doit être écrite précisemment pour être reproduite mais je comprends également que tout ne peut pas l’être comme ce qui est décrit dans la suite de l’article. Chacun a sa vision du relevé. Un débutant aura besoin de nombreux repères pour jouer un pattern. Un batteur avancé n’a besoin que d’une figure pour savoir ce qu’il a à faire.

    En tout cas un énorme merci c’est agréable à lire cette expérience. On aimerait en savoir plus sur Anton.

    François

  5. Quelqu’un a-t-il essayé ce petit exercice?
    J’aurai bien aimé avoir l’avis d’un essayeur, pour estimer l’utilité de l’article!
    merci

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